
La justice après les 13 procès de Nuremberg
Une mémoire judiciaire qui ne s’éteint pas en 1949
La fin des douze procès de Nuremberg en 1949 ne marque pas le début ni la fin des poursuites contre les criminels nazis.
Dès 1945 et durant les les décennies suivantes, de nombreux procès ont eu lieu à travers le monde :
- en Allemagne
- en France
- en Israël
- aux États-Unis
- en Pologne
- …
Certains deviendront célèbres, comme le procès d’Adolf Eichmann en 1961 ou celui de Klaus Barbie en 1987. D’autres resteront plus discrets mais tout aussi importants pour la justice internationale.
Une justice inscrite dans le temps long
Ces procès ultérieurs montrent une réalité essentielle : les crimes de masse peuvent être jugés des décennies après les faits.
Ils prolongent l’héritage de Nuremberg en affirmant plusieurs principes fondamentaux :
- la responsabilité individuelle
- la compétence universelle pour certains crimes
- la mémoire comme outil judiciaire
- la persistance du droit face au temps
Il n’y a pas que Nuremberg…
Voici un tableau récapitulatif des divers procès « mondiaux » ou « nationaux » qui se sont déroulés avant, pendant et après ceux de Nuremberg : *
| Date | Lieu du procès (pays) | Accusés | Chefs d’inculpation | Résultats du procès | Portée historique |
|---|---|---|---|---|---|
| 1945 | Lüneburg (Zone britannique, Allemagne) | Josef Kramer, Irma Grese et 43 membres du personnel de Bergen-Belsen et d’Auschwitz | Crimes de guerre | 11 condamnations à mort ; 19 peines de prison ; 14 acquittements | Premier grand procès allié consacré aux crimes commis dans les camps de concentration ; il révéla au monde les atrocités de Bergen-Belsen grâce à une importante couverture médiatique. |
| 1945 1946 | Luxembourg (Luxembourg) | Gustav Simon (Gauleiter nazi du Gau Moselland, chef de l’administration civile allemande au Luxembourg) | Crimes de guerre, germanisation forcée, persécution politique, déportations et enrôlement forcé des Luxembourgeois | Mort avant son procès officiel (suicide en 1945 selon la version officielle) | Cas majeur de l’administration civile nazie dans un territoire annexé de fait au Reich. Son absence de jugement limita la portée judiciaire du dossier. |
| 1945 1948 | Varsovie (Pologne) | Arthur Greiser, Ludwig Fischer, Josef Bühler, Rudolf Höss, Amon Göth et autres responsables allemands | Crimes contre l’humanité, crimes de guerre, extermination | Nombreuses condamnations à mort et peines de prison | Premiers grands procès nationaux des principaux responsables allemands en Pologne occupée. |
| 1946 | Poznań (Pologne) | Arthur Greiser (Gauleiter du Warthegau, territoire polonais annexé au Reich) | Crimes contre l’humanité, germanisation forcée, persécution des Polonais et des Juifs, déportations | Condamné à mort ; exécuté par pendaison le 21 juillet 1946 | Premier grand procès d’un Gauleiter nazi par une juridiction nationale. Il illustre la politique d’annexion et de colonisation raciale à l’Est. |
| 1946 | Prague (Tchécoslovaquie) | Karl Hermann Frank (haut responsable nazi du Protectorat de Bohême-Moravie, ministre d’État auprès du Reichsprotektor) | Crimes de guerre, crimes contre l’humanité, persécutions de la population tchèque, représailles après l’assassinat de Reinhard Heydrich, destruction de Lidice | Condamné à mort ; exécuté par pendaison le 22 mai 1946 | Un des principaux procès d’un dirigeant nazi en Europe centrale. Il symbolise le jugement de l’appareil d’occupation allemand en Bohême-Moravie. |
| 1946 | Belgrade (Yougoslavie) | August Meyszner (Höherer SS- und Polizeiführer en Serbie) | Crimes de guerre, exécutions d’otages, massacres de civils, persécution des Juifs et des résistants | Condamné à mort ; exécuté en 1946 | Procès important sur la politique de terreur nazie dans les Balkans et le rôle des hauts responsables SS de police. |
| 1946 | Kiev (URSS, aujourd’hui Ukraine) | Responsables allemands de la Wehrmacht, de la police et des SS impliqués dans les massacres en Ukraine | Crimes de guerre, massacres de civils, exécutions de masse, crimes contre l’humanité | Plusieurs condamnations à mort et exécutions publiques | Un des grands procès soviétiques de l’après-guerre. Il documente les crimes nazis en Ukraine, notamment les massacres de Babi Yar. |
| 1946 1948 | Cracovie (Pologne) | 40 membres SS du personnel d’Auschwitz | Crimes contre l’humanité, extermination | 23 condamnations à mort ; nombreuses peines de prison | Premier grand procès consacré au camp d’Auschwitz. |
| 1946 1948 | Copenhague (Danemark) | Membres allemands de la Gestapo et de la police de sécurité (notamment Rudolf Mildner et responsables régionaux de la répression) | Tortures, exécutions, déportations de résistants, crimes de guerre | Plusieurs condamnations ; certaines peines de mort et peines de prison | Procès illustrant la politique de répression allemande au Danemark durant les dernières années de l’occupation et le rôle de la Gestapo contre la Résistance danoise. |
| 1946 1949 | Bruxelles (Belgique) | Plusieurs membres SS allemands du Fort de Breendonk (dont Karl Mai) et collaborateurs | Crimes de guerre, tortures, assassinats, déportations de résistants et de Juifs | Nombreuses condamnations ; plusieurs peines de mort et peines de prison | Ensemble de procès militaires belges établissant les responsabilités des personnels SS du camp de Breendonk, principal lieu de détention et de torture nazi en Belgique. |
| 1947 | Athènes (Grèce) | Friedrich Schubert (chef du Schubert-Jagdkommando, unité de répression allemande en Crète et en Grèce) | Massacres de civils, exécutions, tortures, crimes de guerre | Condamné à mort ; exécuté en 1947 | Un des principaux procès grecs contre un responsable allemand de la répression. Il met en lumière les violences de l’occupation allemande en Grèce. |
| 1947 | Rastatt (Zone française d’occupation, Allemagne) | Anciens membres des SS, de la Gestapo et responsables de camps de concentration (notamment du complexe de Natzweiler-Struthof et de ses kommandos) | Crimes de guerre, crimes contre l’humanité, assassinats, mauvais traitements et déportations | Nombreuses condamnations à mort et peines de prison lors de plusieurs procès successifs | Principale série de procès menée par la justice militaire française contre les criminels nazis ; elle documenta notamment les crimes commis dans les camps relevant de la zone française. |
| 1947 | Varsovie (Pologne) | Rudolf Höss (ancien commandant du camp d’Auschwitz-Birkenau) | Crimes contre l’humanité, extermination de masse, assassinats de prisonniers, direction du centre de mise à mort d’Auschwitz | Condamné à mort ; exécuté par pendaison le 16 avril 1947 sur le site d’Auschwitz | Procès emblématique d’un responsable direct de la Shoah. Le témoignage de Höss constitue une source historique majeure sur le fonctionnement d’Auschwitz. |
| 1947 | Dachau (Zone américaine) | Personnels SS de Dachau, Mauthausen, Flossenbürg, Buchenwald, etc. | Crimes de guerre | Plusieurs centaines de condamnations ; nombreuses peines capitales | Les tribunaux militaires américains jugent les personnels des camps nazis. |
| 1948 | Malines (Belgique) | Philipp Schmitt (commandant de Breendonk) | Crimes de guerre, assassinats, tortures | Condamné à mort, exécuté en 1950 | Principal procès belge d’un responsable allemand de camp. |
| 1948 | Bergen (Norvège) | Gerhard Flesch (chef de la Gestapo à Bergen, puis responsable SS en Norvège) | Crimes de guerre, exécutions, torture de résistants | Condamné à mort ; exécuté en 1948 | Un des principaux procès norvégiens visant un responsable allemand de la Gestapo. |
| 1949 | Amsterdam (Pays-Bas) | Willy Lages (chef de la Gestapo d’Amsterdam) | Déportations de Juifs néerlandais, persécution de résistants, crimes de guerre | Condamné à mort ; peine commuée en réclusion à perpétuité | Procès emblématique de la répression allemande aux Pays-Bas. Lages fut l’un des principaux responsables de la déportation des Juifs néerlandais. |
| 1949 | La Haye (Pays-Bas) | Ferdinand aus der Fünten (responsable du Zentralstelle für jüdische Auswanderung à Amsterdam) | Déportation des Juifs des Pays-Bas, persécutions raciales | Condamné à mort ; peine commuée en réclusion à perpétuité | Avec Willy Lages et d’autres responsables allemands, il incarne l’appareil administratif de la déportation des Juifs néerlandais. |
| 1949 | Bruxelles (Belgique) | Eduard Strauch (chef de la Sipo-SD en Belgique et dans le Nord de la France) | Crimes de guerre, crimes contre l’humanité, déportation des Juifs de Belgique, exécutions d’otages et de résistants | Condamné à mort ; peine non exécutée en raison de son état de santé mentale ; décédé en détention en 1955 | Procès du plus haut responsable SS jugé en Belgique. Il met en lumière le rôle de la Sipo-SD dans la répression, la déportation des Juifs et la lutte contre la Résistance en Belgique. |
| 1951 | Bologne (Italie) | Walter Reder (major SS, commandant du bataillon de reconnaissance de la 16e division SS Panzergrenadier « Reichsführer-SS ») | Crimes de guerre, massacre de civils à Marzabotto (Monte Sole) en septembre-octobre 1944 | Condamné à la réclusion à perpétuité ; libéré en 1985 après demande de pardon aux victimes | Premier grand procès italien d’un officier SS responsable d’un massacre de masse. Il reste un procès majeur sur les crimes allemands en Italie. |
| 1953 | Bordeaux (France) | 21 membres de la 3e compagnie du régiment « Der Führer » de la 2e division SS Das Reich (7 Allemands et 14 Alsaciens, dont 13 « Malgré-nous ») | Crimes de guerre, participation au massacre d’Oradour-sur-Glane (642 victimes civiles) | 19 condamnations (peines de mort, travaux forcés ou prison selon les cas), 1 acquittement. Les condamnés alsaciens incorporés de force furent amnistiés quelques jours plus tard ; les principaux responsables (Heinz Lammerding, Adolf Diekmann) ne comparurent pas. | Procès emblématique des difficultés de l’épuration en France. Il provoqua une grave crise mémorielle entre le Limousin et l’Alsace et illustra les limites de la justice d’après-guerre face à l’absence des principaux chefs SS. |
| 1958 | Ulm (RFA) | Dix anciens membres des Einsatzgruppen | Meurtres de masse | 10 condamnations (3 à 15 ans) | Relance des poursuites judiciaires en Allemagne de l’Ouest. |
| 1959 | Athènes (Grèce) | Max Merten (administrateur militaire allemand à Thessalonique, responsable de la politique anti-juive) | Déportation des Juifs de Thessalonique, persécutions raciales, pillages et crimes de guerre | Condamné à 25 ans de prison ; libéré et transféré en Allemagne de l’Ouest en 1960 | Procès majeur concernant la destruction de la communauté juive de Thessalonique, l’une des plus importantes communautés séfarades d’Europe. |
| 1960 | Bonn (RFA) | Plusieurs anciens membres du personnel du camp d’extermination de Chełmno (Kulmhof) | Meurtres de masse, complicité de meurtre | Plusieurs condamnations à des peines de prison ; certains accusés furent acquittés | Premier grand procès ouest-allemand consacré au camp d’extermination de Chełmno ; il ouvrit la voie à des poursuites complémentaires dans les années suivantes. |
| 1961 | Jérusalem (Israël) | Adolf Eichmann | Crimes contre le peuple juif, crimes contre l’humanité, crimes de guerre | Condamné à mort ; exécuté en 1962 | Procès emblématique qui fait connaître la Shoah au monde entier grâce aux témoignages des survivants. |
| 1963 1965 | Francfort-sur-le-Main (RFA) | 22 anciens SS d’Auschwitz | Meurtres et complicité de meurtres | 6 réclusions à perpétuité ; autres peines de 3 à 14 ans ; 3 acquittements | Tournant majeur dans la mémoire allemande de la Shoah. |
| 1963 1965 | Munich (RFA) | Huit anciens membres SS du camp d’extermination de Bełżec | Complicité de meurtre et participation à l’extermination des Juifs | Une seule condamnation (Josef Oberhauser, 4 ans et demi de prison) ; les autres accusés furent acquittés faute de preuves individuelles suffisantes | Premier et unique grand procès consacré au camp d’extermination de Bełżec ; il mit en évidence les difficultés de la justice allemande à établir les responsabilités individuelles. |
| 1963 1967 | Graz (Autriche) | Franz Murer (ancien responsable SS du ghetto de Vilnius, commissaire aux affaires juives de Vilnius) | Crimes contre l’humanité, meurtres, persécution et déportation des Juifs du ghetto de Vilnius | Acquitté en 1963 lors d’un premier procès ; rejugé en 1967 et de nouveau acquitté | Procès emblématique des difficultés de l’Autriche à juger ses anciens nazis. Il suscita une importante controverse sur l’impunité des criminels nazis autrichiens. |
| 1964 1970 | Düsseldorf (RFA) | Dix anciens membres SS du camp d’extermination de Treblinka, dont Kurt Franz | Meurtres, complicité de meurtre et participation à l’extermination de centaines de milliers de Juifs | Plusieurs condamnations, dont la réclusion criminelle à perpétuité pour Kurt Franz ; autres peines de prison et quelques acquittements | Principal procès consacré au camp d’extermination de Treblinka ; il permit d’établir de manière détaillée le fonctionnement du camp et le déroulement de l’Aktion Reinhard. |
| 1965 1966 | Hagen (RFA) | Anciens SS de Sobibor | Complicité de meurtre | Plusieurs condamnations | Premier procès important consacré au camp d’extermination de Sobibor. |
| 1967 1968 | Vienne (Autriche) | Franz Murer (« le boucher de Vilnius ») | Crimes contre l’humanité, assassinats de masse dans le ghetto de Vilnius | Acquitté | Procès très controversé en Autriche ; l’acquittement suscita de vives critiques internationales et relança le débat sur l’attitude autrichienne face au passé nazi. |
| 1970 | Düsseldorf (RFA) | Franz Stangl (commandant des camps d’extermination de Sobibor et Treblinka) | Crimes contre l’humanité, complicité dans l’assassinat de centaines de milliers de Juifs | Condamné à la réclusion à perpétuité ; mort en détention en 1971 | Procès d’un des plus hauts responsables opérationnels de l’Aktion Reinhard. Son cas illustre la responsabilité des commandants de centres d’extermination. |
| 1975 1981 | Düsseldorf (RFA) | 16 anciens membres SS de Majdanek | Meurtres et complicité | Quelques condamnations ; plusieurs acquittements | L’un des plus longs procès de l’histoire judiciaire allemande. |
| 1979 1981 | Cologne (RFA) | Kurt Lischka, Herbert Martin Hagen et Ernst Heinrichsohn | Déportation des Juifs de France, complicité de meurtre et crimes contre l’humanité | Condamnés à des peines de 6 à 12 ans de prison | Premier procès en Allemagne de responsables de la déportation des Juifs de France ; il fut rendu possible par une évolution de la coopération judiciaire franco-allemande. |
| 1980 | Cologne (RFA) | Kurt Asche, ancien responsable des déportations de Juifs en Belgique | Complicité de meurtre par déportation | Condamné à sept ans de prison | Le procès reconnut la responsabilité pénale d’un haut fonctionnaire impliqué dans la déportation des Juifs de Belgique et renforça la jurisprudence allemande sur la complicité. |
| 1983 1985 | Lyon (France) | Klaus Barbie | Crimes contre l’humanité | Réclusion criminelle à perpétuité | Premier procès français d’un responsable nazi pour crime contre l’humanité. |
| 1986 1993 | Jérusalem (Israël) | John Demjanjuk | Crimes contre l’humanité | Condamné à mort puis acquitté en appel | Illustre les difficultés d’identification des auteurs plusieurs décennies après les faits. |
| 1997 1998 | Rome (Italie) | Erich Priebke et Karl Hass | Massacre des Fosses ardéatines | Réclusion criminelle à perpétuité | Relance des procès italiens après la découverte de « l’armoire de la honte » **. |
| 2002 2004 | Hambourg (Allemagne) | Friedrich Engel (ancien chef SS de la Gestapo à Gênes) | Crimes de guerre, massacre de civils italiens, exécutions de représailles (notamment massacre de la Turchino) | Condamné à 7 ans de prison ; peine non exécutée en raison de son âge avancé | Dernier grand procès d’un responsable nazi impliqué dans les massacres en Italie. Il montre la poursuite judiciaire des criminels nazis plusieurs décennies après les faits. |
| 2004 2005 | La Spezia (Italie) | Dix anciens SS | Massacre de Sant’Anna di Stazzema | Condamnations à perpétuité (par contumace) | Reconnaissance judiciaire d’un des principaux massacres de civils italiens. |
| 2006 2007 | La Spezia (Italie) | Dix anciens militaires allemands | Massacre de Marzabotto | Condamnations à perpétuité (par contumace) | Jugement du plus important massacre de civils commis en Italie. |
| 2009 2011 | Munich (Allemagne) | John Demjanjuk | Complicité du meurtre de 28 060 Juifs à Sobibor | 5 ans de prison (décès avant l’appel) | Révolution juridique : la simple participation au fonctionnement d’un camp suffit désormais à caractériser la complicité. |
| 2015 | Lunebourg (Allemagne) | Oskar Gröning (« comptable d’Auschwitz ») | Complicité du meurtre de 300 000 personnes | 4 ans de prison | Confirmation de la jurisprudence Demjanjuk. |
| 2016 | Detmold (Allemagne) | Reinhold Hanning | Complicité du meurtre de 170 000 personnes à Auschwitz | 5 ans de prison | Responsabilité des gardiens de camps indépendamment d’actes individuels prouvés. |
| 2019 2020 | Hambourg (Allemagne) | Bruno Dey | Complicité de 5 232 meurtres à Stutthof | 2 ans de prison avec sursis | L’un des derniers procès de gardiens de camps. |
| 2021 2022 | Neuruppin (Allemagne) | Josef Schütz | Complicité de 3 518 meurtres à Sachsenhausen | 5 ans de prison | Plus ancien condamné pour crimes nazis (101 ans). |
| 2022 | Itzehoe (Allemagne) | Irmgard Furchner | Complicité de plus de 10 500 meurtres à Stutthof | 2 ans de prison avec sursis | Première ancienne secrétaire de camp condamnée ; reconnaissance de la responsabilité du personnel administratif. |
* Il est possible que certains procès ne soient pas dans l’ordre chronologique lorsqu’ils se sont produits durant la même année.
** L' »armadio della vergogna » (littéralement « l’armoire de la honte ») est un placard en bois découvert par hasard en juin 1994 à Rome, dans une pièce de rangement du Palazzo Cesi-Gaddi, siège de la procureure militaire générale. Le juge Antonino Intelisano instruisait alors le procès contre l’ancien SS Erich Priebke lorsqu’il tomba, dans un sous-sol de l’immeuble, sur une armoire scellée dont les portes étaient tournées vers le mur.
À l’intérieur : 695 dossiers d’enquête et un registre général recensant 2 274 signalements de crimes commis sur le sol italien pendant la campagne d’Italie (1943-1945) par les troupes nazies-fascistes, soit environ treize mille pages documentant le sort de quinze mille personnes. Parmi les massacres concernés figurent les tueries de Sant’Anna di Stazzema, des Fosses Ardéatines, de Marzabotto, de Monchio e Cervarolo et bien d’autres.
Le plus troublant reste le pourquoi de cette dissimulation. Une commission d’enquête parlementaire, instituée en 2003, a conclu que la raison d’État et le contexte international avaient influencé l’abandon des poursuites contre les criminels allemands. Deux explications concurrentes ont émergé : la « piste atlantique », selon laquelle les procès contre les responsables allemands auraient été stoppés pour préserver de bonnes relations avec la RFA en pleine Guerre froide, et la « piste yougoslave », selon laquelle on aurait retardé les poursuites contre les Allemands pour éviter, par ricochet, d’exposer des soldats italiens accusés d’exactions en Albanie, en Yougoslavie, en Grèce ou en Éthiopie. Il fallut attendre près de cinquante ans pour que les poursuites reprennent, alors que beaucoup de crimes étaient déjà prescrits et que la plupart des responsables étaient morts ou introuvables. Focus.
Les dossiers ont fini par être déclassifiés et mis en ligne à partir de 2016 sur le site des Archives de la Chambre des députés italienne.
Cette découverte de 1994 a permis la réouverture d’une série de procès en Italie entre 2002 et 2013 (notamment ceux liés aux massacres de Marzabotto et de Sant’Anna di Stazzema, jugés par contumace puisque les accusés vivaient en Allemagne), ainsi que le procès Priebke lui-même à Rome (1996-1998).
Recherches faites avec assistance de l’IA
