
Un mot d’argot militaire, apparu au XIXe siècle
Certains d’entre vous ont peut-être pris le temps de lire mon parcours « mili ». Je suis actuellement réserviste au sein du 503è régiment du train (Garons – 30). Cette boutique n’est qu’une activité annexe (j’espère la développer…).
Mon activité salariale se situe à l’Hôtel des ventes de Nîmes. Il y a deux semaines, nous avons reçu une superbe collection de fusils (pratiquement 200) et de pistolets (un peu moins d’une centaine). Ces derniers doivent couvrir pratiquement le XIXè siècle ou du moins la première moitié.
Mon job est de photographier les lots rentrant (entre autre) afin de les mettre aux catalogues. Et c’est avec une surprise mais aussi une grande joie que je suis tombé sur quelques exemplaires de ce qui nous vaut notre surnom… Je vous propose donc de découvrir quelle en est la source
« Tringlot » (ou « trainglot ») est un terme d’argot militaire désignant, depuis le XIXe siècle, le soldat du train des équipages puis, plus largement, de l’arme du Train. Le mot est attesté par écrit dès 1857 sous la forme « trainglot », puis en 1863 sous la forme « tringlo » chez Antoine Camus (« Les Bohêmes du drapeau »), et enfin « tringlos » en 1869 sous la plume d’Alphonse Daudet dans les « Lettres de mon moulin ». Il s’est ensuite largement diffusé, employé aussi bien par la presse que par des auteurs comme Alphonse Allais, avant de rester en usage courant jusque dans les unités mécanisées de l’arme du Train dans les années 1990.








Deux explications, un même point commun : la tringle
Il existe deux grandes explications à l’origine du mot — et toutes deux convergent vers le même objet : la tringle.
La première : la plus couramment reprise, rattache le terme au mousqueton de cavalerie modèle 1816-1822, surnommé « la tringle ». Cette arme, typique du matériel du Premier Empire et particulièrement adaptée aux besoins du train des équipages, était dotée sur sa face interne d’une tige métallique — la tringle — courant le long de la crosse et du canon. Cette tringle coulissait dans deux anneaux fixés à la bandoulière, ce qui permettait au soldat de porter le mousqueton crosse en l’air et de s’en saisir rapidement sans lâcher les rênes de son attelage : un dispositif pensé pour des conducteurs qui avaient les mains prises par leurs chevaux plutôt que par leur arme. Les charretiers ainsi transformés en soldats, équipés de ce mousqueton caractéristique, en auraient tiré leur surnom.
La seconde explication, retenue par les linguistes et le dictionnaire de l’ATILF, voit dans « tringlot » un dérivé de train (des équipages), avec une « attraction » du mot « tringle » — qui désignait alors, en argot militaire, le fusil que tout soldat de base devait porter. Le mot « tringlo » connoterait ainsi la gêne occasionnée par cette arme aux conducteurs d’attelage, en quelque sorte entravés dans leur tâche par une contrainte qui n’était pas la leur à l’origine : eux étaient là pour mener des chevaux et des voitures, pas pour combattre au fusil.






Ces deux pistes ne s’excluent d’ailleurs pas totalement : que l’on retienne le mousqueton modèle 1816 comme origine précise ou le terme générique de « tringle » pour désigner un fusil, c’est bien une arme d’infanterie ou de cavalerie de l’époque impériale, embarrassante pour des conducteurs de convois, qui est à l’origine du sobriquet.
Une explication plus tardive et sans fondement historique avancé par certaines traditions orales voudrait que « TRAIN » soit un acronyme de « Transport et Ravitaillement des Armées Impériales Napoléoniennes ». Il s’agit d’une reconstruction a posteriori, non validée par les travaux linguistiques et historiques, et qu’il convient donc d’écarter.
Deux siècles avant que les camions ne remplacent les attelages, ce sont donc des chevaux, des charrettes et un mousqueton encombrant qui ont donné naissance à un surnom resté attaché aux soldats du Train jusqu’à aujourd’hui — tringlot, un mot né dans les rangs, popularisé par la littérature, et toujours vivant dans la mémoire de l’Arme.
Sources :
- dictionnaire de l’Académie française (9e édition),
- Trésor de la langue française (ATILF/CNRTL),
- Wikipédia, dictionnaire d’argot Bob (languefrancaise.net).
Deux possibilités s’ouvrent dorénavant à vous…
La première pour découvrir le produit de notre e-boutique dédié aux tringlots : le mug du train.
Pour la seconde il vous faudra lire cet article avant le 1er octobre 2026… et vous pourrez découvrir la vente aux enchères de l’Hôtel des ventes de Nîmes. À vous de voir si vous préférez être en ligne (via interencheres.com) ou si vous viendrez nous voir sur place.
